400 000 logements par an : une cible que plus personne ne défend vraiment
Le Plan Relance Logement visait 400 000 constructions annuelles. À mi-parcours, la production s'établit un quart en dessous. L'objectif n'a pas été abandonné : il a simplement cessé d'être commenté.
L'objectif gouvernemental de 400 000 logements neufs par an ne sera pas atteint en 2026. Ce n'est pas une révélation : avec 293 412 mises en chantier sur douze mois, l'écart dépasse le quart. Ce qui mérite d'être noté, c'est la disparition progressive du chiffre dans la communication publique.
D'où vient ce chiffre
Les 400 000 ne sortent pas d'un chapeau. Ils correspondent à l'estimation des besoins annuels liés à la démographie, à la décohabitation et au renouvellement du parc. Un pays qui construit durablement moins n'accumule pas un retard rattrapable : il déplace la pénurie vers les marchés déjà tendus, où elle se traduit par des prix et des loyers.
Moins de programmes lancés aujourd'hui, c'est une rareté entretenue demain sur les marchés déjà tendus.
Ce qui bloque, dans l'ordre
Le financement d'abord : le coût du crédit a écarté une partie des acquéreurs, et les investisseurs institutionnels se sont retirés. Le foncier ensuite, dont le prix n'a pas suivi la baisse des ventes, ce qui écrase les bilans d'opération. Les coûts de construction enfin, durablement supérieurs à leur niveau d'avant 2021.
S'y ajoute un facteur moins technique : l'incertitude budgétaire. Sans loi de finances stabilisée, aucun dispositif de soutien à l'investissement locatif n'entre en vigueur, et les décisions d'engagement se reportent d'un trimestre à l'autre.
Ce qu'il faudrait pour tenir la cible
- Environ 107 000 mises en chantier supplémentaires par an.
- Une visibilité budgétaire pluriannuelle, aujourd'hui absente.
- Un statut du bailleur privé, attendu et non voté.
- Une baisse du coût du foncier, qui ne se décrète pas.
La question posée aux collectivités
L'État fixe des objectifs, les maires délivrent les permis. Dans les communes tendues, l'acceptabilité locale de la densification est devenue le facteur limitant, souvent davantage que le financement. Aucun plan de relance national ne produit d'effet si l'échelon qui instruit les demandes ne partage pas la cible.
Rédactrice en chef — écrire à la rédaction